Inceste et incestuel, emprise et perversion / Déconstruire les idées reçues, rendre visibles les mécanismes, appréhender la complexité (F. Cenni)

L’inceste et les situations d’emprise confrontent les professionnels à des réalités complexes, difficiles à penser, à nommer et parfois même à reconnaître. Les représentations sociales, les tabous, les mécanismes de déni et les idées reçues peuvent contribuer à rendre certains phénomènes invisibles ou difficiles à entendre. Cette formation propose de déconstruire ces évidences pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre dans l’inceste, l’emprise et les dynamiques perverses. Elle articule apports théoriques, situations professionnelles et analyse réflexive. L’intention est de transmettre des repères théoriques et éthiques pour appréhender la complexité de ce fléau, se situer, faire des choix et construire une posture adaptée.

Aucun pré-requis n’est demandé, mais les participants devraient être impliqués dans les métiers de l’humain, de l’éducation, du soin, de l’enseignement, etc.

Le CPF (Compte Personnel de Formation) ne peut pas être mobilisé pour le financement de nos formations, car elles ne sont pas encore inscrites à France compétences. Il existe toutefois une exception légale uniquement pour les agents de la fonction publique, sous réserve de votre ministère de rattachement et selon conditions (https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/N186).

Méthodes pédagogiques

La formation alterne apports théoriques, échanges collectifs, études de situations, exercices de déconstruction des représentations, analyse réflexive et mises en perspective.

Les situations professionnelles constituent un support privilégié d’apprentissage. Les apports théoriques sont mobilisés pour éclairer les situations et permettre aux participants d’élargir leurs cadres de compréhension. Une attention particulière est portée à la confidentialité, au respect de la parole et à la possibilité pour chacun de participer sans être contraint de partager une expérience personnelle. 

Ressources bibliographiques / scientifiques sur lesquelles se base le contenu de formation :

  • Racamier, P.-C. (2021). L’inceste et l’incestuel. Dunod.
  • Racamier, P.-C. (2012). Les perversions narcissiques. Payot.
  • Dussy, D. (2021). Le berceau des dominations. Anthropologie de l’inceste. Pocket.
  • Brey, I. & Drouar, J. (dir.) (2022). La culture de l’inceste. Seuil.
  • Viaux, J.-L. (2022). Les incestes : Clinique d’un crime contre l’humanisation. Érès.
  • Salmona, M. (2022). Le livre noir des violences sexuelles. 3e éd., Dunod.
  • Ronai, E. & Durand, É. (dir.) (2021). Violences sexuelles : En finir avec l’impunité. Dunod.
  • Kédia, M., Vanderlinden, J., Lopez, G. et al. (2019). Dissociation et mémoire traumatique. Dunod.
  • Van Der Kolk, B. (2011). Le Corps n’oublie rien.

Bibliographie suggérée en complément de la formation (ouvrages personnels et/ou de référence)

Objectifs

  • Appréhender la complexité de ces phénomènes en différenciant les notions d’inceste, d’incestuel, d’emprise et de perversion
  • Comprendre les mécanismes du silence familial, du déni et des loyautés, les processus de répétition
  • Comprendre et repérer les effets de ces violences sur les dimensions psychiques, corporelles, relationnelles et développementales ainsi qu’institutionnelles
  • Penser et repérer les ressources et les limites de leur propre posture professionnelle.

Programme

15 heures

Jour 1 : Comprendre et déconstruire

9h00 – 9h30 | Ouverture et positionnement, rencontre

  • Présentation de la formation, de l’intervenante, rencontre des participants
  • Accueil des représentations, identification des attentes et mise en questionnements des participants
  • Élaboration d’un cadre sécurisant et contenant pour travailler sur un sujet sensible

9h30 – 12h30 | Nos cadres d’interprétation et le poids des mots

Les mots ne sont pas de simples outils pour décrire le réel : ils participent aussi à la manière dont nous le percevons et l’interprétons. Ils véhiculent des représentations, des normes et des catégories de pensée qui peuvent orienter nos regards, parfois à notre insu. Interroger le poids des mots suppose alors de repérer les conditionnements, les déterminismes et les évidences qui structurent nos façons de penser et d’agir. La déconstruction constitue ici une démarche réflexive : elle vise à mettre à distance ce qui semble aller de soi afin d’ouvrir d’autres possibilités de compréhension.

Cette mise en mouvement permet progressivement de rendre visibles certains mécanismes relationnels, institutionnels ou sociaux qui demeurent difficiles à percevoir car ce que nous n’avons pas appris à voir, nous risquons de le reproduire sans même le questionner.

Apports théoriques :

– Les paradigmes, modes de pensée, logiques d’action et postures emblématiques dans les métiers de la relation
– La reproduction sociale et la répétition des schémas familiaux
– Les visées contradictoires de l’éducation
– Distinction entre résolution de problème et problématisation
– Les fonctions emblématiques de l’éducation, maternelle et paternelle
– Les dérives possibles en termes de posture et d’effets dans la construction du petit d’homme 

Objectifs :

  • Comprendre comment nos cadres de pensée peuvent parfois éclairer une situation mais aussi contribuer à en masquer certains aspects
  • Identifier l’écart entre le discours et la pratique
  • Fournir des repères théoriques pour amorcer un changement paradigmatique, se situer et appréhender la complexité des situations, faire des choix de postures
  • Comprendre la prohibition de l’inceste et ses origines afin de les mettre en lien avec les situations éducatives

12h30 – 13h30 | Déjeuner

13h30 – 17h30 | Inceste et Incestuel : désigner et définir pour penser

L’inceste ne se réduit pas à l’acte sexuel. Il s’inscrit dans une dynamique relationnelle, familiale et sociale où peuvent se mêler emprise, silence, loyautés, déni, culpabilité, confusion des places et traumatismes du lien. Cette formation propose de travailler à la frontière entre l’inceste et l’incestuel afin d’affiner le regard professionnel sans confondre repérage et interprétation, écoute et investigation, accompagnement et expertise. L’enjeu sera de rendre visibles certains mécanismes qui, précisément parce qu’ils sont banalisés, naturalisés ou difficiles à nommer, peuvent entraver le repérage et la protection.

Apports théoriques :

– Définir et distinguer inceste et incestuel, les caractéristiques de l’incestualité
– La fabrique de l’inceste, une problématique de frontières, de place et de fonctions
– Les mécanismes de protection du système : secret, censure, silence, déni, banalisation et normalisation
– Les manifestations psychiques et corporelles (traumatismes et mécanismes de protection psychiques)
– Le fonctionnement du système familial face à la révélation ou à la suspicion
– La grammaire sociale, politique et juridique de l’inceste

Objectifs :

  • Comprendre les principaux mécanismes à l’oeuvre dans les situations d’inceste et d’incestuel, leurs effets sur les sujets et les systèmes familiaux
  • Interroger les représentations qui peuvent contribuer à rendre ces phénomènes difficiles à voir, à penser ou à nommer

17h00 – 17h30 | Synthèse des apprentissages et auto évaluation, accueil et contenance des ressentis, questionnements en reste

Jour 2 : Comprendre l’emprise et la perversion, ajuster sa posture

L’emprise ne se résume pas à une relation de domination, pas plus que la perversion ne peut être réduite à une étiquette posée sur une personne. Pour les professionnels, l’enjeu est de pouvoir repérer ce qui se joue dans la relation : les mécanismes de confusion, de disqualification, de renversement des responsabilités, de déni, d’isolement ou encore d’altération progressive des repères. 

Comprendre ces phénomènes suppose de dépasser certaines représentations qui peuvent paradoxalement nous empêcher de voir. Une personne sous emprise ne correspond pas nécessairement à l’image que nous nous en faisons ; une dynamique perverse ne se donne pas toujours à voir de manière spectaculaire. Cette journée propose ainsi de déplier les mécanismes afin de mieux comprendre leurs effets sur le sujet, sur ses relations et sur les professionnels qui l’accompagnent. L’après-midi ouvrira un autre espace : que pouvons-nous faire lorsque nous avons commencé à voir ? Comment soutenir sans décider à la place, écouter sans suggérer, protéger sans déposséder, accompagner sans renforcer l’emprise ? Il ne s’agira de réfléchir aux voies possibles de dégagement, de restauration et de reconstruction.

9h30 – 12h30 | EMPRISE et PERVERSION : comprendre ce qui enferme

Apports théoriques :

– L’emprise et la perversion, une construction relationnelle : définition des principales caractéristiques, et des processus progressifs : séduction, dépendance, isolement, confusion
– Les origines de la perversion, comprendre la fabrication de la perversion
– Les manifestations psychiques et corporelles chez la victime
– La dimension sociale et institutionnelle de la perversion

Objectifs :

  • Permettre aux participants de définir et différencier les notions d’emprise et de perversion
  • D’identifier les principaux mécanismes relationnels, psychiques et systémiques à l’oeuvre
  • D’interroger les représentations, conditionnements et cadres de pensée susceptibles de rendre ces phénomènes difficiles à repérer, à nommer et à comprendre

12h30 – 13h30 | Déjeuner

13h30 – 15h | Comment enrayer la fabrique de ces fléaux

– Informer pour prévenir, rompre le silence
– Reconnaître les psychotraumatismes
– Écouter les corps qui parlent
– Les voies de la guérison, état des lieux de la recherche

15H15 – 17h00 | De la théorie à la pratique, repérer et analyser pour construire une posture professionnelle adaptée

Mise en situation de cas concrets pour s’excercer à (travail en sous groupes) :

– Identifier les mécanismes en jeu
– Repérer les signes observables
– Distinguer les faits, interprétations et intuitions
– Proposition de choix de posture et d’actions
– Mise en commun et en débat
– Temps de régulation sur les écueils à éviter

Objectif :

  • Permettre aux participants de passer de la théorie à la pratique en articulant les connaissances acquises avec des situations professionnelles concrètes

Il s’agit de construire des repères actionnables pour repérer les signes d’alerte, adapter sa posture et éviter les pièges relationnels ou institutionnels, tout en développant une boîte à outils personnelle et collective pour agir avec justesse et sécurité. Enfin, cette demi-journée vise à renforcer la confiance des professionnels dans leur capacité à accompagner ces situations complexes sans s’épuiser. 

17h00 – 17h30 | Bilan 

Évaluation finale et identification des principaux déplacements opérés, des axes d’approfondissement (individuel et collectif), accueil des émotions.

Intervenant(s)

Frédérique CENNI

Docteure en Sciences de l’éducation, accompagne et professionnalise depuis une quinzaine d’années les professionnels des métiers de l’humain dans les secteurs éducatif, social, sanitaire et médico-social

Son parcours articule expérience de terrain, recherche et accompagnement des pratiques professionnelles.
Ses travaux portent notamment sur les postures professionnelles, les dynamiques relationnelles et institutionnelles, l’émancipation et les processus à l’œuvre dans les situations complexes.
Elle intervient en formation, en analyse de pratiques et en accompagnement d’équipes, en privilégiant une approche clinique, réflexive et multiréférentielle.
Dans ses formations, elle propose de déconstruire les évidences, mettre en dialogue les savoirs et l’expérience et éclairer les mécanismes parfois invisibles qui traversent les relations et les pratiques professionnelles.
Issue du champ éducatif, elle accompagne et forme des professionnels des secteurs éducatif, social, sanitaire et médico-social autour des questions de posture professionnelle, de subjectivité, de complexité et d’accompagnement.
Son approche articule apports théoriques, analyse des situations professionnelles et démarche clinique et réflexive.
Elle développe une pédagogie fondée sur le questionnement, la déconstruction des évidences et la mise en dialogue de différents référentiels.

Responsable pédagogique

Cyril TARQUINIO
Professeur des Universités, Directeur du Centre Pierre Janet, Directeur adjoint de l’unité de recherche INSPIIRE à l’Université de Lorraine et INSERM, Directeur du Master « Psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé » (Metz), Éditeur en Chef de l’European Journal of Trauma and Dissociation (Elsevier)

Publics visés

Professionnels des secteurs sanitaire, social, médicosocial, éducatif et psychologique confrontés, dans leur pratique, aux situations d’inceste, de violences sexuelles, d’emprise ou de violences intrafamiliales

Date

  • Les mardi 05 et mercredi 06 janvier 2027, en présentiel

De 9h00 à 12h30 et de 13h30 à 17h30

Fiche d’inscription à retourner au plus tard 15 jours avant le 1er jour de formation.

Lieu

Centre Pierre Janet
Université de Lorraine
Île du Saulcy
57000 METZ

Tarifs

  • 515 € / personne extérieure
  • 465 € / partenaire Centre Pierre Janet

Formation en présentiel

C’est une formation qui se passe dans un lieu physique, comme une salle de classe. Les participants et le formateur sont tous présents au même endroit, au même moment.